Noémie, une patiente d’une quarantaine d’années, vit au Canada depuis plusieurs années. Mère de deux enfants, elle se retrouve pourtant dans une situation paradoxale : malgré l’apparente stabilité de sa vie familiale, elle éprouve une sensation de flottement, comme si elle n’était jamais véritablement « ancrée ». Ce sentiment la poursuit depuis son enfance, marquée par des expériences de précarité émotionnelle et matérielle. Ballottée de refuges en refuges, avec une mère instable et un père absent, Noémie a grandi dans un environnement où la stabilité et la sécurité affective étaient rares.
Au fil des séances, Noémie exprime cette difficulté à s’enraciner, un manque d’ancrage qu’elle associe à son passé tumultueux. Elle évoque fréquemment ce sentiment d’être une « passante » dans sa propre vie, une étrangère à elle-même, malgré sa famille et son foyer au Canada. Même dans son rôle de mère, elle se sent parfois déconnectée, comme si quelque chose lui échappait, l’empêchant de pleinement s’investir dans son présent.
Le travail que nous entreprenons ensemble en psychanalyse s’oriente autour de cette question fondamentale : qu’est-ce qui, dans son histoire personnelle, la prive de ce sentiment de stabilité intérieure ? Pour Noémie, l’enfance a été synonyme de déracinement. La figure maternelle était instable, incapable de lui offrir un socle sûr, et l’absence de son père a exacerbé ce vide affectif. Grandir dans un tel contexte la conditionne à une perception du monde où la sécurité, le refuge, sont toujours provisoires, précaires. Elle a appris à vivre dans un état de vigilance constante, toujours prête à être déstabilisée par un événement extérieur.
Ce manque de sécurité s’est ancré en elle d’une manière inconsciente, et la suite de sa vie, y compris sa vie adulte au Canada, est teintée de ce même sentiment de flottement. Elle n’arrive pas à s’installer durablement dans la certitude que tout peut s’effondrer à tout moment. Ce sentiment d’instabilité qui a marqué son enfance continue à résonner dans sa manière d’aborder son quotidien.
La psychanalyse peut aider Noémie à retrouver son ancrage non pas dans un lieu ou dans des circonstances extérieures, mais dans son propre être. L’objectif de notre travail est de lui permettre de réconcilier son histoire avec son présent. Pour cela, il s’agit d’explorer ses mécanismes de défense, d’analyser les émotions enfouies, et de lui permettre de donner du sens aux événements qu’elle a vécus. C’est dans ce processus d’exploration qu’elle pourra peu à peu transformer ses blessures passées en ressources, et ainsi réintégrer son passé dans une vision plus apaisée de soi.
L’une des clés réside dans la possibilité pour Noémie de comprendre et d’intégrer la dimension symbolique de l’ancrage. En psychanalyse, l’ancrage ne se réduit pas à un lieu géographique, mais devient un processus interne : il s’agit de rétablir une stabilité intérieure, un équilibre émotionnel, en se réconciliant avec les événements qui ont constitué son parcours. En revisitant son passé et en l’exprimant dans un cadre sécurisant, Noémie pourra faire le lien entre les souffrances de l’enfance et ses peurs actuelles, et ainsi construire une nouvelle relation avec ses propres ressources.
Il ne s’agit pas de nier les blessures, mais de leur redonner du sens, d’accepter que ce passé difficile fait partie d’elle sans qu’il n’ait à définir entièrement son présent. Cela lui permettra d’installer une forme de sécurité intérieure, une sensation de « chez soi » qui ne dépend pas des circonstances extérieures, mais bien de son propre travail de réconciliation avec son histoire. L’ancrage de Noémie, ainsi, se trouve dans la reconnaissance et l’acceptation de son passé, et dans la construction d’un espace intérieur qui lui est propre, un espace dans lequel elle pourra se sentir entière, solide, et capable de faire face aux défis de sa vie.
Ce chemin thérapeutique est un processus lent mais libérateur. À travers le dialogue thérapeutique, les rêves, et l’exploration de ses résistances, Noémie pourra progressivement transformer son sentiment d’instabilité en une forme de force intérieure. Elle pourra redéfinir ce que « être chez soi » signifie pour elle, et ainsi donner à ses enfants un modèle d’ancrage non pas figé, mais dynamique, fondé sur la capacité à accepter les incertitudes tout en trouvant un équilibre au sein même de l’inconnu.
En fin de compte, la psychanalyse permet à Noémie de se libérer de l’emprise de son passé en lui donnant une nouvelle signification. En se reconnectant à elle-même, elle pourra retrouver un ancrage intérieur durable et non plus être la « passante » dans sa propre vie, mais en devenir la protagoniste active, capable de créer son propre foyer, à l’intérieur d’elle-même.

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