J’appelle « syndrome de la bonne fille » un phénomène psychologique où une femme cherche constamment à satisfaire les attentes des autres, souvent au détriment de ses propres désirs et besoins. Cette quête incessante de perfection et de reconnaissance entraîne une perte de soi et une grande souffrance intérieure.
D’où vient ce syndrome ? Quels sont ses impacts psychologiques et comment peut-on en sortir ?
Une construction familiale et sociétale
Dès l’enfance, les filles sont encouragées à être douces, obéissantes et attentives aux besoins des autres. Les injonctions du type « sois gentille », « aide ta mère », ou « ne fais pas de vagues » façonnent une norme sociale valorisant l’altruisme féminin, au détriment de l’affirmation de soi.
Dans Le Deuxième Sexe (1949), Simone de Beauvoir explique comment les femmes sont façonnées dès l’enfance à se conformer à un idéal d’abnégation. Cette éducation différenciée engendre une intériorisation des attentes patriarcales : la « bonne fille » doit plaire, servir et se sacrifier.
« Toute éducation féminine consiste à limiter l’expansion de la femme, à la contenir, à la frustrer. »
Cette pression sociale entraîne souvent la création d’un faux self, comme le décrit Donald Winnicott (Jeu et Réalité, 1960). La femme apprend à modeler sa personnalité pour répondre aux attentes des autres, au détriment de son vrai self, c’est-à-dire de son être authentique.
Selon Nancy Chodorow (The Reproduction of Mothering, 1978), la transmission des rôles féminins passe aussi par la relation mère-fille : les mères, elles-mêmes conditionnées à l’abnégation, reproduisent inconsciemment ces schémas en élevant leurs filles dans l’idée qu’une « bonne femme » se sacrifie pour les autres.
En psychanalyse, Freud et Lacan soulignent que le Surmoi féminin se construit différemment de celui des garçons, intégrant des injonctions plus fortes liées au soin des autres et à la soumission aux normes sociales. La petite fille qui reçoit de l’amour quand elle est « sage » développe un schéma d’adaptation où elle met de côté ses propres désirs pour obtenir reconnaissance et validation.
Les Conséquences Psychologiques du Syndrome de la Bonne Fille
- L’effacement du désir propre et la perte de soi
La « bonne fille » prend l’habitude de taire ses besoins pour éviter le rejet ou le conflit. Avec le temps, ce décalage entre ce qu’elle ressent et ce qu’elle exprime peut mener à un mal-être profond, une confusion identitaire et une insécurité chronique.
L’autrice Carol Gilligan (In a Different Voice, 1982) a montré que les femmes sont socialisées à donner la priorité aux autres dans leurs décisions, au point parfois de ne plus savoir ce qu’elles veulent vraiment.
« Les femmes en viennent à mesurer leur valeur en termes de leur capacité à répondre aux besoins des autres. »
- La culpabilité et l’épuisement
Ce conditionnement génère une culpabilité permanente : elle se reproche de ne pas en faire assez, de ne pas être assez présente pour les autres. Ce cercle vicieux conduit à une fatigue psychologique intense, voire un burn-out.
Dans Charge mentale : le poids invisible des femmes (2018), Titiou Lecoq décrit comment cette injonction à la perfection pèse sur les femmes, tant dans leur vie professionnelle que domestique.
- L’impact dans les relations amoureuses, professionnelles et familiales
En amour : Difficulté à poser des limites, tendance à s’effacer dans la relation par peur du rejet.
Au travail : Syndrome de l’imposteur, difficulté à demander une promotion, surcharge de travail liée au perfectionnisme.
En parentalité : Transmission inconsciente de ce schéma aux filles, perpétuant le cycle de l’effacement féminin.
Comment S’émanciper du Syndrome de la Bonne Fille ?
- Déconstruire les injonctions sociales
Il est essentiel de questionner ces normes intériorisées :
Si je n’avais pas peur du jugement des autres, que ferais-je différemment ?
Qu’est-ce qui, en moi, appartient réellement à mon désir ?
- Retrouver son désir propre
Comme le souligne Winnicott, se reconnecter à son vrai self est essentiel. Une pratique thérapeutique peut être précieuse pour identifier les désirs réprimés.
- Apprendre à dire non sans culpabilité
Dire non ne signifie pas être égoïste, mais simplement poser ses limites. Un bon exercice est de commencer par des « petits non » dans des situations du quotidien, pour s’habituer à s’affirmer sans peur du rejet.
- Réapprendre à s’accepter et à se respecter
Un travail sur l’estime de soi et l’affirmation de soi peut aider à se libérer du regard des autres. Les thérapies comme la psychanalyse sont des outils efficaces pour déconstruire ces schémas.
Le syndrome de la bonne fille repose sur des attentes sociales et familiales qui empêchent l’épanouissement individuel. Apprendre à s’affirmer ne signifie pas devenir égoïste, mais reprendre le pouvoir sur sa vie.
La véritable force réside dans la capacité à être soi, sans chercher à répondre à des attentes extérieures. Et vous, avez-vous déjà ressenti cette pression d’être une « bonne fille » ? Comment apprenez-vous à poser vos limites ?

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